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Une semaine avec les chiens de traîneau dans une ferme à huskies

En partant au Chili, un de mes vieux rêves m’a rattrapé : faire un volontariat au contact des chiens de traineau. Il y a quelques années, j’avais envoyé plusieurs messages dans des entreprises de ce genre en Laponie mais j’étais encore étudiante et disponible uniquement en été ce qui n’était pas suffisant pour avoir le temps de connaitre les chiens et apprendre le métier de Musher. 

En devenant voyageurs à plein temps pour un an, l’idée a refait surface et quand nous sommes tombés sur la page Facebook de ce chenil, je les ai contactés pour savoir s’ils recherchaient des volontaires. Le jeune Musher venait de créer sa structure au Chili et il connaissait à peine le concept de Workaway. Après quelques messages, nous décidons de partir le lendemain et parcourir les 600 kilomètres qui nous séparent pour le rejoindre.

Il était très enthousiaste et franchement nous aussi ! Ses 26 chiens avaient l’air adorables et la moitié était des jeunes chiots à qui il fallait tout apprendre. Il travaillait également sur un événement, une course de canicross, qui aurait lieu fin avril et il voulait qu’on l’aide avec l’organisation. Nos missions seraient donc axées sur le soin et l’entrainement des chiens, l’aide à l’organisation de la course et un peu de travail domestique sur la ferme.

Nous arrivons un dimanche en début d’après midi au chenil, perdu au milieu des champs et avec une très jolie vue sur les volcans alentours. Première impression : les enclos sont sommaires mais propres et assez spacieux avec maximum 5 chiens à l’intérieur. L’aménagement n’est clairement pas fini mais il n’est là que depuis 5 mois et nous sommes là pour donner un coup de main. 

La visite commence par la maison que j’ai d’abord pris pour une baraque de service où on prendrait un rapide repas le midi et une douche pour ensuite rentrer chez lui. Mais non, nous étions bel et bien sur son lieu de vie et la maison était aussi très sommaire. Bon, très honnêtement c’était sale et mal rangé. 
La cuisine n’avait pas du voir un produit ménager depuis longtemps et un tas d’allumettes usagées étaient jetées sur le poêle, à côté de la poubelle. Quelques cartons trainaient ça et là. Nous partagions le frigo avec les sacs de viande abimée destinés aux chiens. 
La chambre des volontaires était très simple : deux lits, une lampe, une fenêtre et encore quelques cartons empilés. Heureusement pour nous, notre maison nous suit partout et nous restions dormir dans le van. 

Quant à la salle de bains, c’était mon petit cauchemar personnel et ce, surtout pour une raison : il n’y avait pas l’eau courante. L’eau coulait bel et bien des robinets mais elle venait directement du ruisseau, chez les voisins. Parfois elle coulait marron pendant quelques minutes, parfois elle ne coulait pas beaucoup, parfois elle était glacée, parfois brûlante. Et d’ailleurs à notre arrivée, elle ne coulait plus du tout. Notre première demie heure a donc été consacrée à traverser les champs pour nous rendre chez le voisin en question, remonter le ruisseau et en enlever les branches/tas de boue/feuilles susceptibles de boucher le filtre de fortune qui était en fait une bouteille de coca percée.
Jusque là, ma foi pourquoi pas, mais je ne saurais pas vous décrire ma tête quand notre hôte s’est mis à souffler dans le tuyau en direct du ruisseau boueux pour réactiver la pression et finir de le déboucher. Magique !

Après ce moment pour le moins original, nous partons rencontrer les chiens, enfin !
Ils sont tous super excités de nous voir et c’est une joyeuse cacophonie quand nous rentrons dans les enclos. Il y a 13 adultes et autant de chiots, principalement des Husky de Sibérie et des Eurohound. Quasiment tous ont des noms tirés de comics ce qui nous facilite la tâche pour tout retenir. 
Nous avons immédiatement eu beaucoup d’affection pour chacun d’entre eux même si nous avons aussi eu rapidement des coups de coeur mais tous ont leurs personnalités propres et leurs petites lubies qui les rendent si attachants. 

Les meilleurs moments : les instants calins avec les chiens

Les horaires de travail n’étaient pas fixes comme on peut s’en douter dans une entreprise où l’animal est le plus important mais cela ne nous gênait pas. 

Une journée de travail commençait à 7h30 où notre hôte nous servait un bon petit déjeuner avant de donner le premier repas de la journée aux chiens.
Les adultes étaient nourris deux fois par jour, matin et soir, et les chiots avaient un repas supplémentaire vers 17h.

Le premier repas consistait à mélanger des croquettes et de l’eau afin de les faire gonfler et qu’elles soient moins sèches. Rentrer dans les enclos pour les repas était toujours un moment dynamique car 26 chiens qui ont faim ça fait du bruit et ça saute partout !
L’appel du seau de croquettes est plus fort que tout !
Pour les nourrir, nous déposions leurs gamelles au sol puis essayions d’attendre qu’ils soient un peu calmes pour verser la nourriture en citant chaque prénom. Bien sur, il fallait éviter que les chiens les plus dominants aillent voler dans les gamelles des autres pour ne pas créer de bagarres. 
Ensuite, nous répétions l’étape pour les chiots en fin de journée et le dernier repas était constitué de viande crue pour les adultes le soir. Il fallait alors redoubler de vigilance pour éviter qu’un bout de viande ne soit subtilisé par les plus forts.

Après chaque repas, nous passions dans les enclos faire un bon nettoyage et passer quelques minutes avec les chiens, plus calmes une fois leurs ventres remplis.
L’occasion de faire des câlins, des bisous (non désirés) et de jouer un peu. 

Pierre et Ghost, le chef de meute

La deuxième majeure partie du travail de Musher est l’entrainement des chiens. Nous étions à la fin de l’été donc malheureusement pas encore de neige à l’horizon. Nous utilisions donc une sorte de char à roues (3 ou 4) sur des chemins de graviers. Nous avons appris à atteler les chiens, tâche qui s’avérait être simple et agréable mais rendue difficile par l’excitation des chiens dès qu’ils voyaient l’un d’entre eux attaché à la ligne. Ils étaient alors possédés par l’envie d’aller courir et en prendre un sans que les autres sortent de l’enclos était un vrai défi. Bien sur il nous est arrivé les premières fois qu’un petit malin s’échappe et le fuyard partait alors en courant à toute allure en faisant le tour des enclos en aboyant à tue tête comme s’il voulait dire « eh regardez les copains je suis libre ! » suivi d’un Pierre ou d’une Julie qui essayait tant bien que mal de le rattraper par le collier.

Les entrainements

Un autre moyen de faire courir les chiens était le cani cross. Cette discipline peu connue consiste à courir avec un chien attaché directement à une ceinture spécialisée ou un harnais d’escalade. Il a donc fallu se (re) mettre à la course et grâce à mon choix ingénieux de prendre Rhea avec moi, j’ai un peu subi mais ça n’a pas été la totale catastrophe. Rhea est la Madre, c’est une magnifique Husky de Sibérie qui a longtemps été leader de l’attelage de notre Musher. Elle se comporte parfaitement sans se laisser trop distraire sur la route et surtout elle sent quand la corde se tend trop, ce qui signifie clairement « Rhea ralentis je suis au bout de ma vie ». Bref, elle est intelligente et d’une aide précieuse pour les novices en course comme moi !

Découverte du canicross avec Rhea
Pierre et Nike

Vous l’aurez donc compris, tout n’était pas rose mais le plus important, le contact et les moments avec les chiens, étaient géniaux. Alors pourquoi sommes nous partis au bout d’une semaine à peine ?

Si après de nombreux moments de doute et d’hésitation entre partir ou rester nous avons finalement pris la première option ce n’est pas à cause des conditions rustiques ou du manque de respect des règles du Workaway de notre hôte. Certes, nous aurions préféré avoir 3 vrais repas et non des céréales ou des pâtes mal cuites tous les jours, nous n’aurions pas craché non plus sur un ou deux jours de repos par semaine pour faire une petite coupure. En effet, nous étions constamment à la ferme de 7h30 à parfois 21h, certes avec quelques heures de repos dans la journée mais sans pouvoir visiter les environs ni même aller au village car il fallait constamment quelqu’un présent à la ferme et nous étions clairement choisis d’office pour cette tâche.

La principale raison de notre départ était la différence entre les attentes de notre Musher et les nôtres. Nous étions là par amour pour les chiens et pour donner un coup de main avec la gestion de la ferme et des projets annexes. Mais l’objectif de notre hôte était que nous gérions l’ensemble du chenil, seuls, en son absence et son prochain départ était programmé pour la semaine suivante. En effet, il avait laissé femme et enfant à Santiago, à quelques 700 kilomètres de là, et sa famille lui mettait la pression pour qu’il revienne rapidement s’occuper du bébé. Sa copine était encore étudiante et elle avait du mal à tout gérer. Au début, il nous disait qu’il ne partirait que deux jours mais nous le voyions mal faire 1400 kilomètres en un week-end. Nous avons donc vite compris que la responsabilité des 26 chiens allait nous incomber et ce n’était pas vraiment ce que nous recherchions. Nous sommes en voyage, sur un autre continent et au milieu de nulle part dans ce chenil. Et si un chien s’échappait ? Se blessait ou pire, se tuait ? Si quoi que ce soit se passait, qu’allions nous faire ? 

Nous avons donc décidé de couper court et partir avant de trop s’attacher aux chiens et ne plus pouvoir revenir en arrière. Une autre personne avait fait une demande sur Workaway, elle était disponible deux jours plus tard et désirait rester minimum 2 mois, parfait, voilà notre porte de sortie ! 

Nous avons expliqué notre ressenti à notre hôte qui a tout à fait compris que notre profil ne correspondait simplement pas à ce qu’il recherchait ici et maintenant.
Après un dernier tour dans les enclos pour dire au revoir à nos boules de poils, nous avons rangé le van et sommes repartis sur les routes.

En conclusion, je voudrais dire à tous ceux et celles qui hésitent à quitter un Workaway de s’écouter. J’ai énormément culpabilisé de partir et en premier lieu parce que j’avais énormément rêvé de cette expérience et donc l’avais beaucoup trop idéalisé. Quelque part, je ne pouvais finalement qu’être déçue, peu importe le déroulé des événements. 
Le principe même du volontariat c’est de donner de son temps, partager ses compétences et en acquérir de nouvelles mais surtout de passer un bon moment, ne pas se prendre la tête et profiter de cette expérience ! Vous aurez tout le temps nécessaire de vous torturer l’esprit pour des expériences professionnelles plus classiques alors ne perdez pas votre temps à le faire pendant vos moments de liberté.
Ce n’est pas grave de refuser des responsabilités, cela ne signifie pas qu’on est incapable ou nul mais juste que l’on est pas prêts à l’instant T à les endosser pour 1000 raisons. 
Faites vous confiance, c’est la clé.

Ma petite Kira, l’amour au premier regard

Nous souhaitons tout de même remercier encore une fois notre Musher mais surtout son adorable meute alors un grand merci à Ghost, Casper, Sirius, Amarok, Saga, Bagheera, Joker, Alhue, Kira, Pylocke, Nike, Mitra, Rhea, Kali, Mia, Alaska, Maze, Ra’s, Aukan, Will, Bruce, Bane, Agatha, Harley, Ivy et Anima.

Vos concerts de hurlements au lever et au coucher du soleil vont nous manquer. 

Un petit extrait pour vous aussi


6 commentaires

  • Hérenguel

    Je vous Qd mire … je serais repartie le premier jour en voyant l’etat du logement.
    Et s’il aime par dessus tout ses chiens, il était prêt à vous en laisser la responsabilité !!!
    Vous repartez riches d’une nouvelle expérience ! Et pas des moindre.
    Vous avez eu raison de suivre votre première résolution. Et je suis d’accord avec vous, ça ne veut en aucune façon dire que vous avez abandonné. Vous avez juste pris une sage très sage résolution. À ce que je sache vous n’avez pas fui en pleine nuit !
    Bonne route vers de nouvelles aventures que je vous souhaite plus calmes !

    • Julie

      Merci pour ce commentaire. 🙂
      Oui cela nous a paru bizarre qu’un musher laisse sa meute derrière lui à de parfaits inconnus au bout de quelques jours à peine !
      Cela n’a pas été facile pour moi, je voyais ce départ comme un échec puis j’ai compris, comme tu le dis, que c’était surtout une expérience de plus à notre actif et une histoire de plus à raconter 😉

  • Fort

    Ah dommage séjour écourté, mais vous avez bien eu raison, ça dois rester ludique sinon c’est plus un coup de main, et surtout ça peux vous pourrir une période de voyage sachant tous ce qu’il vous reste à découvrir encore.

    Bonne continuation faites nous rêver !!

    • Julie

      Merci Giovanni, c’est chouette de te lire par ici 🙂
      En effet on a préféré se focaliser sur le voyage sans prendre de risques.
      A bientôt !

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